Les archets. On les tire et on les pousse, on les tient par dessus ou par dessous, seul ou en bonne compagnie, dans les grandes salles bondées ou dans sa petite chambre d’hôtel. On montre à d’autres comment les utiliser – les enfants, les jeunes adultes, les retraités. On fouille les livres et les musées à leur recherche. On les guette, les goûte, dessine, mesure, fabrique. Puis goûte, mesure et redessine encore.
Dessus, dessous, poussés et tirés – ma carrière m’a permis d’explorer les archets de tous les côtés. De mon atelier niché dans le bocage mayennais, je vous invite à partager le chemin et les fruits de cette exploration.

Bows. You can play with them – up and down, underhand or over, alone or with friends, in big halls or a tiny hotel room. You can teach others the pleasure of using them – children, young adults or retirees. You can trawl through books and museums in search of them. You can spy on them, try them, draw, measure and make them. Then try, draw and measure again.
Up, down, under, over… my career has given me the opportunity to explore bows from many points of view. From my workshop in the rolling hills of Mayenne, I invite you to share the fruits of this continuing exploration.

 

Craig Ryder 

28/02/1958 – 19/12/2025

Depuis quarante ans, Craig Ryder fabriquait des archets anciens à Paris. 
Nourri par un esprit de recherche et d’exploration, son travail était soigné et sobre, toute en lignes gracieuses. D’un coté, il s’inspirait des mesures en musées et des copies fidèles d’archets anciens ; de l’autre, d’une expérimentation historiquement informée pour répondre aux interrogations et aux exigences des musiciens les plus variés. Une première formation comme facteur de luth lui avait apporté dès ses débuts cette fluidité et précision du geste qui se lit toujours sur les archets de tant de musiciens, fidèles clients, qui les jouent dans le monde entier.
Mais chez Craig, on n’était pas juste un client. Son accueil chaleureux faisait que nous sommes très nombreux à avoir eu le privilège d’un lien particulier avec lui. Même ceux qu’il connaissait moins bien repartaient de l’atelier avec l’impression d’avoir vécu une rencontre exceptionnelle. Grâce à son humour doux et poétique, son écoute attentionnée et discrète et sa générosité légendaire, le petit salon-atelier de la rue des Envièrges était devenu un lieux de partage, d’échange et de rencontres qui va manquer cruellement à plus d’un : la table pousse ses rallonges, un repas succulent apparaît par enchantement et la compagnie est priée de prendre place, même si on est juste de passage pour une mèche ou une colophane. Les grands sujets fusent autant que les rires, les nouvelles amitiés se nouent…
N’oublions pas son côté pédagogue ; très nombreux sont les stagiaires avec lesquels il a partagé son savoir-faire d’artisan au fil des années. Que « l’élève » soit venu avec un projet sérieux de formation professionnelle, ou simplement mû par la curiosité d’une fois, sa porte était grande ouverte. Quand ses encouragements et ses conseils patients ont permis aux plus mordus d’entre nous d’en faire un métier, il était fier de proposer à ses clients nos archets à côté des siens.
Craig se passionnait non seulement pour l’objet archet mais aussi pour l’usage qu’on en fait. Il assistait très régulièrement au concerts les plus divers ; violes et autres musiques baroques bien sûr, mais également jazz, tango, opéra, chanson ou grand orchestre. Les derniers enregistrements des musiciens de son cercle étaient suivis avec enthousiasme, il les achetait par paquet de cinq ou plus pour donner à d’autres et partager le plaisir. 
Profondément intègre, toujours humble et modeste malgré sa grande maîtrise technique et la richesse de ses connaissances, Craig a toujours fuit l’étiquette de guru ou expert. Sa disponibilité et son dévouement à l’autre étaient hors du commun et il ne cherchait pas la lumière pour lui-même. Mais l’élégance de son travail et les précieux souvenirs chez ceux qui l’ont connu témoigneraient encore longtemps de son importance autant pour la lutherie ancienne que dans nos cœurs. 

Craig Ryder 
Archeterie champêtre au Hallier, 2007
Archeterie champêtre au Hallier, 2014
Pose du parquet de l’atelier au Hallier, 2017
Séance de mesures au musée de Markneukirchen en Allemagne, 2024